Bonjour tristesse

« E », une amie que j’avais déjà photographiée cinq, six ans auparavant, me demande de venir prendre des photos. Etant plasticienne elle avait transformé des images que j’avais faite de son corps et voulait récidiver. Je comprends aux vues d’une situation compliquée, en cour  de séparation, que mon amie m’appelle à l’aide, un dimanche, jour redoutable où le travail n’est plus et que le loisir règne en maître. Une occupation entière de son esprit s’imposait ; rien de tel je vous le dis que de se retrouver nue devant un photographe qui vous fait changer de positions toutes les cinq minutes en puisant dans toutes ses ressources pour que la séance dure le plus longtemps possible… Sans doute je devais aussi occuper mes pensées au labeur. Je constate aussitôt, sur son visage et son corps amaigris, les ravages de la tristesse. La journée passa, puis la fin.

Car hélas cela devait s’arrêter à moment donné. Nous avons tous connu ces moments de ténèbres où nous retombons dans « l’autre », où est-il ? Que fait-il ? Avec qui est-il ? Ces questions terribles qui tournent en boucle qui n’avaient de sens ou pas, que pour elle. Le peu de bien que je lui fis ce jour-là, donne une séquence d’images qui prolonge cet état. « E » n’a jamais pu travailler sur ces images mais elle comprend toute la portée de les faire voir ; une mise à nue pas seulement du corps.

Olivier Espero -  Bonjour tristesse Bonjour tristesse

Marco

Un jour, je vois un gars de dos avec une cicatrice dans la nuque, impressionnante. Je lui demande s’il aimerait que je le photographie. Il est surpris par ma proposition mais cela lui fait plaisir, il adore sa cicatrice qui lui a en quelque sorte sauvé la vie.
Marco me confie qu’après son accident il a fait trois ans de démarches à Rome pour se faire débaptiser, il est Espagnol ! Il m’explique qu’un enfant lui est tombé dessus dans une piscine, ce qui a provoqué une rupture au niveau de la colonne vertébrale ayant touché la moelle épinière. Sa chance me dit-il, c’est la science des hommes tel le chirurgien qui l’a sauvé de la mort et de l’infirmité, pas celle de dieu qui lui avait fait rencontré cet enfant au mauvais moment.
Les trois images que vous regardez, d’un homme nu perdu dans un grand espace, ont été réalisées à La Générale rue du Général Lassalle à Paris. Cet endroit n’existe plus, c’est devenu la cour d’un hôpital psychiatrique.

Olivier Espero -  Marco Marco
Olivier Espero -  Marco Marco
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